Bio-portrait-Jeanne Martin Cissé ou la fille du milo: sur les traces de  la Première femme à présider le conseil de sécurité de l’ONU

Bio-portrait-Jeanne Martin Cissé ou la fille du milo: sur les traces de  la Première femme à présider le conseil de sécurité de l’ONU

Née le 6 avril 1926 à Kankan deuxième ville de Guinée, d’un père métis, Darricau Martin employé des PTT et d’une mère Damaye Soumah sage-femme diplômée de l’école de médecine de l’Afrique Occidentale Francophone,  Jeanne Martin Cissé est l’ainée d’une famille de sept enfants. Elle fréquente les écoles de Kankan puis est admise en 1940 au concours d’entrée à l’école normale des jeunes filles de l’Afrique de l’ouest devenant ainsi la fierté de sa ville natale de Haute-Guinée.

Après l’obtention de son diplôme, Martin Cissé est affectée en 1944 en tant qu’institutrice à l’école des filles de Kankan. Deux ans plus tard, elle épouse  Mohamed Camara, un inspecteur de police. Encouragée par celui-ci et son amie Sarata Diané, elle entre a l’Union du Mandé en 1946, une des associations qui se développent et se politisent rapidement au lendemain de la guerre. En fréquentant ce milieu, elle fait la connaissance de Sékou Touré alors syndicaliste et Madéïra Kéita, préparateur a l’Institut Français d’Afrique Noire et premier secrétaire du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) de Guinée.

Enceinte de trois mois, elle perd son mari dans un accident de voiture à la fin de l’année 1946. Après une  période d’hésitation, elle adhère au RDA en décembre 1947 et en 1948 elle se remarie à Ansoumane Touré, un des fondateurs du Parti Démocratique Guinéen (PDG) animé par Sékou Touré. Elle s’installe a Dakar suite à une mutation de son époux et tous deux ils rejoignent l’Union Démocratique Sénégalaise (UDS), affiliée au parti communiste français et constituant une des branches du RDA.

Convaincu par Sékou Touré, elle est chargée de représenter les femmes de l’UDS-RDA au congrès de la Fédération Internationale Démocratique des Femmes (FIDP), une organisation pacifiste en octobre 1954 à Asnières. Puis en 1958, elle effectue deux voyages à Viennes au congrès de la FIDF et dans les pays communiste (Chine, Russie). De retour dans son pays (Guinée) après le NON de celui-ci au référendum de septembre, elle participe en juillet 1959 avec quelques déléguées guinéennes au congrès de l’Union des Femmes de L’ouest Africain (UFOA) à Bamako. Elle est également élue député au parlement en 1968 et entre au comité centrale puis au bureau politique en 1971.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Son mari ainsi que des militantes proches d’elle, telle que Loffo Camara sont arrêtés, emprisonnés au camp Boiro et y meurent après l’attaque appelée opération Mar Verdé du 22 novembre 1970. Se tenant éloignée de la politique intérieure guinéenne dans le début des années 1970, Martin Cissé préfère se consacrer à l’action diplomatique. Ainsi elle devient secrétaire générale de la conférence des femmes africaines pendant douze ans (1962-1974) tout en étant déléguée à la commission de la femme siégeant à Genève, durant 6 ans et à la commission des nations unies chargée des affaires humanitaires.

A l’ONU

En 1972, elle est désignée au poste de représentante permanente de la Guinée aux nations unies et devient par là même, ponctuellement présidente du conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies, la Guinée étant alors membres non permanent de ce comité. Ce qui fait d’elle “la première femme à exercer cette présidence”.  Elle est aussi élue présidente du comité spécial contre l’apartheid des Nations Unis et elle effectue dans ce sens plusieurs déplacements en Europe, en Asie et en Amérique Latine pour soutenir le Congrès National Africain (ANC) au niveau international.

Revenue en Guinée en 1976 à la demande du président Sékou Touré, elle accède au gouvernement en tant que ministre des Affaires Sociales et se consacre plus particulièrement à la santé de la mère et de l’enfant, à la formation professionnelle et à l’alphabétisation des jeunes filles non scolarisées.

Après le coup d’Etat militaire consécutif à la mort de Sékou Touré en 1984, elle est emprisonnée pendant plus d’un an avec d’autres dignitaires du régime d’avril 1984 à mai 1985 puis elle est à nouveau arrêtée, pendant quelques jours, après le coup d’État manqué du colonel Diarra Traoré. A la fin de l’année 1985, elle quitte la Guinée pour le Sénégal et abandonne les activités politiques jusqu’en 1988. Invitée aux cérémonies du 25e anniversaire du Comité spécial de l’apartheid aux Nations Unies, elle accepte de participer au Comité international de solidarité en faveur des femmes et des enfants d’Afrique australe : à ce titre, elle effectua une nouvelle mission dans les camps de réfugiés de Zambie et du Zimbabwe. Elle vécut par la suite aux États-Unis.

Jeanne  Martin Cissé reçut plusieurs décorations dont le prix Lénine pour la paix en 1975, le prix Aline Sitoé Diabata de l’organisation sénégalaise Yéwui Yéwe, l’Ordre National du Mali en 1999 et la médaille d’honneur Amilcar Cabral du Cap Vert en 2006.  Une association de jeunes filles crée un Prix : «Jeanne Martin Cissé» pour récompenser les personnes impliquées dans la promotion féminine. Elle participe au Club Ahmed Sékou Touré au Mali et en Guinée car son admiration et sa loyauté pour celui-ci sont restées intacts tout au long de sa vie.

En 2008, elle écrit son autobiographie La fille du Milo. Le Milo, un cours d’eau qui traverse sa région natale, en Haute-Guinée affluent du fleuve Niger. Martin Cissé meurt le 21 février 2017 mais reste une légende dans l’histoire de L’Afrique et au-delà du continent.

Par SYNTICHE KAZON

Kadja

ARTICLES SIMILAIRES

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *